Les bicolores.
(par Romain Abos)
Les individus " pie " ou tachés de blanc, sont communs dans la gent féline. Cette caractéristique peut varier entre deux extrêmes, d'une petite tâche blanche à un chat presque entièrement blanc, et se combiner avec toutes les variétés de robe.
Entre les deux extrêmes, la quantité de blanc varie, mais non sans suivre une certaine logique. Pour les individus les plus blancs, la couleur touche le crâne et la queue (voir seulement la queue), puis en allant vers des individus plus colorés, s'étend sur le dos puis la nuque, les flancs, les pattes, la " ligne ventrale " et le plastron demeurant la plupart du temps blancs.Le gène responsable de cette caractéristique est symbolisé par la lettre S (spotting). Il comprend deux allèles : S dominant, responsable de la présence de blanc et s récessif responsable d'un chat sans blanc.
L'allèle S, lorsqu'il est présent, induit chez l'individu un défaut de cellules appelées mélano blastes. Ces cellules sont la souche des mélanocytes, cellules présentes dans la peau, à la base du poil, produisant les pigments responsables de leur coloration.
Ces mélano blastes, se situent, à un stade précoce, au niveau de la crête neurale de l'embryon (partie supérieure) puis migrent dans l'ensemble du corps pendant la croissance embryonnaire de la peau.
Les mélano blastes étant moins nombreux sous l'action de S ne peuvent pas atteindre l'ensemble de l'embryon et ne rejoignent que les parties les plus proches de la crête neurale,
plus ou moins étendues selon leur nombre.
Comme ces cellules n'ont pas pu atteindre certaines zones avant que la peau soit formée, celle-ci en est donc localement déficiente. Cela se traduit par une absence de pigment dans ces zones et donc de façon visible, des tâches blanches.Chez les écailles on constate que les tâches rousses et noires sont plus étendues en présence de blanc. Ceci s'explique par le phénomène évoqué précédemment. Les mélano blastes étant mois nombreux, n'atteignent pas l'ensemble du corps, mais ils sont également moins soumis à la compétition, ainsi lorsqu'un mélano blaste se sera fixé, il pourra coloniser une plus grande zone en se divisant et produisant des mélanocytes portant le même X actif et produisant le même pigment (noir ou roux).
Chez une écaille sans blanc, les mélano blastes sont beaucoup plus nombreux et ne peuvent coloniser que de petites zones (ils se gênent les uns les autres), formant ainsi des territoires plus réduits et un mélange plus homogène des couleurs.Certains bicolores ont les yeux bleus ou vairons. Encore une fois, on peut expliquer cela par la distribution des mélano blastes sur l'organisme. Il s'agit cependant de cas rares. Les mélano blastes étant à l'origine présent sur la crête neurale (neural = nerveux) sont distribués prioritairement dans les zones du système nerveux où ils interviennent, en particulier les yeux et le système auditif. Si dans le hasard de cette distribution, les yeux ont été oubliés ou lésés, le chat pourra avoir les yeux bleus ou vairons.
On classe généralement les bicolores en deux ou trois catégories :
Bicolores, arlequins et vans.
L'hétéro ou l'homozygotie pour le gène S n'intervient pas dans la quantité de blanc.
Ainsi un bicolore peut être homozygote SS et un van hétérozygote Ss.
Ce sont en réalité, des polygènes qui interviennent dans le degré d'expression du bicolore. Il s'agit de gènes dispersés, nombreux et indéfinis qui agissent sur S en contrôlant son intensité.
Seule la sélection permet de fixer ces caractéristiques. On peut cependant noter qu'un chat non bicolore peut porter ces polygènes et ainsi contribuer en l'augmentant ou en le diminuant au degré d'expression de S, s'il est marié à un chat bicolore.
Le bicolore, combiné à la variété colourpoint, crée le bicolore point, particulièrement représenté chez le ragdoll et composant la totalité des variétés de robes du birman.
Chez le birman, l'expression de S a été sélectionnée pour donner naissance à ce fameux gantage que le standard exige précis.
Plusieurs hypothèses expliquent ce gantage :
Il pourrait s'agir d'un autre gène dont l'allèle en cause serait dominant et à pénétration incomplète (ce qui en pratique se rapproche beaucoup d'une influence polygénique), ou encore d'un autre allèle du gène S.
Enfin, la dernière hypothèse, la plus plausible et généralement admise par tous, met en cause des polygènes influençant S.Les lockets, sont des tâches blanches de petite taille indésirables sur un chat qui devrait être uni. Ces tâches peuvent apparaître sur le ventre et le plastron, et plus rarement sur le menton ou le museau. Ces tâches sont irrégulières en transmission et peuvent sauter des générations.
Ici aussi plusieurs hypothèses existent mais chacune d'elle est valable.
Il pourrait s'agir du gène S, et ces tâches seraient donc son expression à un degré extrêmement faible. Le saut de génération s'expliquerait alors par une expression quasi invisible chez un parent mais pourtant bien présente.
L'autre hypothèse ne lie cette caractéristique à aucun gène et il s'agit alors d'une petite erreur dans le développement embryonnaire du chat.
Un très léger retard entre la migration des mélano blastes et la maturation de la peau sur laquelle il persisterait une dernière zone vierge, la plus éloignée de la crête neurale originelle, que ni la migration cellulaire ni le son développement n'ont pu atteindre.